Histoire de rêves et de dollars
Sainte-Julienne, Québec, Canada - 15 septembre
2003
Par Max
Il y a bien plus que des homards
à Tracadie et des pêcheurs qui les traquent au fond de l’océan. Quelque
part sur un chalutier balotté par le vent du large, un jeune homme
gratte sa guitare en rêvant de célébrité. Aujourd’hui, le son de son
instrument s’entend jusque de l’autre côté de l’Atlantique et tout le
monde sait que
Wilfred Lebouthillier,
le pêcheur de homard à la voix chaude, a grandi et rêvé à
Tracadie-Sheila, une ville jusque là presque inconnue du
Nouveau-Brunswick.
Le Canada tout entier a vibré durant des semaines pour
Audrey de Montigny, une jeune fille de 17 ans qui a poussé entre les
champs de blé d’inde de Sainte-Julienne dans la région de Lanaudière. Si
la plupart des Canadiens ont découvert le talent de cette jeune star de
Canadian Idol, ils ont aussi enrichi leurs connaissances géographiques,
même si la plupart pouvaient difficilement prononcer le nom de ce grand
village de moins de 7 000 habitants. Au plus fort de la compétition,
quand vous ouvriez le site Internet de la ville, la première image qui vous
apparaissait ne mettait pas en vedette le maire, ni les conseillers mais
une jeune étudiante devenue la fierté de toute une communauté. Même
chose à l’entrée de la ville où une affiche géante de la jeune idole
côtoie toujours l’enseigne de bienvenue de Sainte-Julienne.
Dans la foulée de la célèbre émission American Idol, les producteurs de
plusieurs pays ratissent les villes et les campagnes à la recherche d’un
jeune homme ou une jeune fille croupissant dans l’anonymat et dans une
vie sans éclat pour les propulser dans le jet set planétaire.
Audrey de Montigny n’a pas atteint le firmament de la renommée mais
l’exposition répétée de son joli minois devant les caméras lui attire
déjà une célébrité à laquelle elle n’aurait pas osé rêver il y a
quelques mois. Sainte-Julienne rêve sans doute aussi d’une nouvelle
Céline Dion couvée au cœur d’un paysage champêtre.
Quand au pêcheur de homard gratteur de guitare, Tracadie-Sheila
deviendra peut être un port de mer où il accostera de temps à autre
entre deux tournées de la planète. La machine à rêve tourne à plein, et
les grands réseaux empochent les dollars que génère le rêve d’une
nouvelle génération.
|
|