La télé américaine, et celles du monde entier par la
suite, ont ouvert leurs bulletins de nouvelle de fin de semaine avec la
scène d’un marine américain qui fusillait un Irakien étendu, feignant d’être
mort dans une mosquée. Toutes les guerres ont eu leurs atrocités. Une
guerre, par nature, c’est un événement sordide. Les invasions romaines, la
chevauchée guerrière de Napoléon, les deux grandes guerres mondiales ont
tous engendré des scènes barbares envers d’autres combattants ou même envers
d’innocentes victimes. L’omniprésence des caméras au milieu des conflits
armés de notre époque n’immunise pas les guerriers contre une fièvre
meurtrière. Sur les champs de bataille, les hommes qui s’affrontent sont
programmés à haïr, sont entraînés à tuer. Sans cela, ils resteraient bien
sagement à la maison à regarder grandir leurs enfants, à caresser leurs
blondes, à prendre un verre avec les copains ou à simplement vivre
intensément au jour le jour. Les images auxquelles ont accès les deux armées
qui s’affrontent avivent la haine de l’ennemi. Personne ne peut rester
indifférent aux images d’un homme décapité devant la caméra avec un réalisme
visuel et sonore qui nous transporte sur les lieux du crime. Personne ne
peut rester calé dans son fauteuil quand un soldat loge une balle dans la
tête d’un ennemi désarmé.
La guerre est une atrocité et en se
faisant le complice des actes les plus répugnants qui s’y déroulent, les
grandes chaînes de télévision propagent la haine et transportent des pays
entiers sur des champs de bataille. Sous des faux prétextes de liberté de
presse ou de droit à savoir, des chefs d’antenne se délectent de la mort en
direct parce qu’elle fait enfler les cotes d’écoute. Posez-vous une simple
question maintenant. Que vous a apporté dans votre vie la vue de cet homme
qui meurt sous l’arme d’un marine américain? Quel bienfait avez-vous tiré du
dernier râle d’un journaliste français décapité par un homme encagoulé?
Je ne sais pas qui a tord ou raison dans les parties qui
s’affrontent en Irak ou ailleurs. Je suis porté à croire que chacun a ses
tords et que chacun a ses raisons. Ce que je pense, c’est que la guerre
devrait constituer le dernier geste, l’ultime recours après l’ultime
tentative de paix. Ce que je sais par ailleurs, c’est que rien ne justifie
de prendre le monde entier à témoin de la barbarie des gestes posés. À mille
lieux des champs de bataille, le geste le plus noble que je peux poser pour
m’indigner de ces images, c’est d’éteindre ma télé.