Les veuves du hockey ont le sourire radieux par les temps
qui courent. Les sofas sont libres les samedis soirs et les décodeurs
dorment paresseusement près des écrans géants. Il y a peu à rajouter à ce
qui a été dit sur le lock-out décrété par les propriétaires de la Ligue
nationale de hockey. Les millionnaires du sport sont devenus des assistés
sociaux de luxe contraints de se dénicher des à côtés de misère comparé à
leurs faramineux traitements de professionnels. Il se trouve toutefois peu
d’amateurs pour s’apitoyer sur leurs sorts.
Depuis le début du conflit, ce sont
surtout les joueurs qui subissent les railleries et la colère des amateurs de
sport. Pourtant, ce sont les propriétaires qui ont fermé les portes des
amphithéâtres. Ces derniers peuvent toujours arguer que la puissante
Association des joueurs et leur arrogant président Bob Goodenow
n’ont pas négocié de bonne foi et qu’ils ont fait peu d’efforts pour
comprendre l’impasse des propriétaires.
Les joueurs, eux, se défendent sur la cupidité des
propriétaires pour justifier leur refus d’un plafond salarial. Leur avidité
est certes aussi démesurée que la cupidité de leurs grands patrons. Dans
cette histoire de gros sous, il n’y a pas d’innocentes victimes. Il n’y a
que des profiteurs qui reçoivent la facture de leurs erreurs passées.
Les propriétaires ont longuement abusé des vedettes qui
faisaient littéralement craquer leurs tiroirs caisses. Il suffit de penser
aux salaires de crève-faim des Maurice Richard, Gordie Howe, Doug Harvey,
Bobby Orr ou d’un Camille Henry qui est mort dans une pauvreté extrême. Il
était prévisible d’imaginer les joueurs prendre un jour leur revanche. Mais
comme dans toute bonne histoire de balancier, quand il est en marche, il est
difficile, voire impensable, d’espérer le voir s’arrêter au beau milieu de
sa course. Le jeu de l’offre et de la demande a enflé les salaires jusqu’à
des proportions démesurées. Les propriétaires ont voulu s’acheter des
équipes gagnantes en s’appropriant les vedettes à prix d’or. Aujourd’hui,
ceux qui ont enclenché cette orgie de dollars sont ceux-là même qui
réclament une limite raisonnable à la gourmandise des joueurs.
Difficile de se faire une idée sur l’identité du vrai
coupable. En attendant, l’Amérique frétille devant les écrans où les
plafonnés salariaux du football de la NFL
remplissent les stades.