On ne voit pas les virus à l’œil
nu. Votre voisin d’avion entre Paris et Montréal présente un teint de
pêche, il n’a pas toussé un brin de tout le voyage. Il est probablement
sain et vous ne vous souciez pas. Quelques heures après son
enregistrement à l’hôtel, il est pris de fièvres. À l’hôpital où il se
rend, on ne peut rien faire pour le sauver. Un virus inconnu l’a
foudroyé en moins de 36 heures.
La psychose du nouveau virus ferme
des quartiers, boycotte des villes entières. Quand l’ennemi est aux portes,
les hommes prennent les armes et défendent leur vie et celle des leurs.
Quand l’ennemi est invisible, toutes les armes du mondes sont impuissantes.
Faudra peut-être s’habituer, au cours des prochaines années, à voir
déambuler des foules masquées pétrifiées par les éternuements de leurs
voisins de table ou de métro.
Les décomptes d’épidémies sont
souvent des statistiques archivées pour la postérité. La malaria tue environ
3 000 enfants par jour en Afrique. Déjà en 541 après Jésus-Christ, la peste
fauchait des centaines de milliers de personnes. Cette peste durera plus de
200 ans.
À cette époque, la propagation des
épidémies ne jouissait pas de moyens de transport modernes comme l’avion, le
train, la voiture et le métro. Malheureusement pour les populations
atteintes, la médecine avait peu de réponses à offrir pour enrayer le fléau.
Depuis quelques semaines, le monde
entier s’inquiète. Selon les chiffres rapportés à l’Organisation mondiale de
la santé, le Syndrome respiratoire aigu sévère (pourquoi autant
d’adjectifs????), SRAS, aurait fait 267 victimes sur la planète entre le 1er
novembre 2002 et le 25 avril 2003. De ce nombre, plus de 200 ont été
répertoriés en Chine. Pourtant, le monde entier tremble. Au Canada, la ville
de Toronto, où la plupart des cas ont été recensés, est devenue une ville
condamnée, plusieurs quartiers et établissements asiatiques sont tout
simplement désertés.
Des gens meurent. Pas des milliers
par jour comme en Afrique, mais la misère des nantis reste plus
inacceptable. Parce qu’ils ont à leur disposition les moyens des grandes
entreprises pharmaceutiques et l’argent pour financer la recherche.
L’avenir de l’Afrique meure chaque jour mais ses morts ne font plus la
nouvelles. Elles s’inscrivent dans le quotidien et le quotidien ne fait pas
de bonnes manchettes.
Depuis hier, il y a pire que les
morts et l’incertitude d’une population au bord de la panique. Le monde
vient de réaliser le prix d’une épidémie, même embryonnaire. Le SRAS coûte
au monde moderne 30 milliards de dollars en manque à gagner. Une question
obsède les dirigeants de ce monde, nous en remettrons-nous et combien
d’entreprises succomberont elles aussi au SRAS? Une histoire à suivre et
sans doute quelques films à voir. La peur, c’est ce qui se vend encore le
mieux.