Le 13 juillet dernier, le CRTC (Conseil de la
radiodiffusion et des télécommunications canadiennes) décidait de ne pas
renouveller la license de radiodiffusion de la station de Québec CHOI-FM.
Cette annonce lance un grand débat de fond sur la liberté d'expression au
Canada. Devant l’importance de cette décision, et de ses répercussions
futures le premier geste à poser est sans aucun doute de lire le détail de
la décision de l’organisme fédérale pour en comprendre le raisonnement et
les justifications (voir le lien à la fin du texte).
Les cinéastes de par le monde connaissent les règles de conduites et savent
quoi ne pas faire s’ils ne veulent pas être censurés par les organismes
gouvernemantales d'un pays ou un d'un autre. Même le très controversé
réalisateur
Quentin Tarantino obéit à ces règles de conduite. Pourquoi ça serait
différent pour une station de radio? Est-ce qu'un individu peut, au nom de
la liberté d'expression, envoyer paître qui il veut sur des ondes publiques?
Peut-il utiliser les mêmes ondes pour tenir des propos désobligeants envers
des organismes ou des individus? Jusqu'où va la liberté d'expression? Voilà
pourquoi le CRTC, organisme fédérale, existe et rend des décisions
judicieuses à cet effet. Sans l'existence d'un tel organisme au Canada,
l'anarchie ferait place sur les ondes.
Quelques jours après l'annonce du CRTC, les animateurs
de CHOI-FM organisaient un grand sauvetage au nom de la liberté d'expression.
Malheureusemnent, le débat actuel n’a rien à voir avec la
liberté d’expression. Il y a ce que l’on dit, et la manière de le dire. Il y
a les idées, et les mots choisis pour les exprimer. Dans sa décision, le
CRTC envoie d’abord un signal clair que toutes les formes de discours ne
sont pas égales, et que certaines sont tout à fait inadmissibles. Les lois
et la jurisprudence reconnaissent d’ailleurs que dans le cas des formes de
discours inadmissibles, des limites peuvent être imposées à la liberté
d’expression.
Le CRTC avait lancé un avertissement il y
a deux ans en renouvellant la license que pour 2 ans au lieu de 7. Le
propriétaire de CHOI-FM,
Genex Communications Inc.,
a préféré ne rien modifier au contenu de sa programmation suite à cet avertissement. Et
bien, voilà ce que ça donne de faire la sourde oreille.
Les exploiteurs de licenses de radiodiffusion
jouissent d’énormes privilèges que le commun des mortels n’a pas. Du fait
que le CRTC leur offre des ondes publiques, ces détenteurs portent donc
une importante responsabilité, et l’on est en droit de s’attendre d’eux
qu’ils soient dignes de notre confiance. Cette confiance est
surveillée, au nom de tous les citoyens, par l'organisme fédéral qu'est le
CRTC.
Il faut se réjouir de voir le CRTC
utiliser ses pouvoirs et indiquer au monde des médias que la préservation du
privilège d’exploiter les ondes publiques nécessitent davantage que des
énoncés méprisants. Pour une fois qu'un gouvernement rend une décision et
qu'il met ses culottes face à cette décision. Bravo, enfin nos taxes servent
réellement à quelque chose de concret.
À moins d’un virement inattendu d’un ministre en manque de capital politique, le 1er septembre
prochain les ondes du 98,1 se tueront et ça ne sera qu'une leçon à retenir à
tous ceux qui veulent utiliser les ondes publiques de la façon dont le fait
l’animateur du matin
Jeff Fillion. C’est malheureux dans un sens car CHOI-FM
diffusait de l’excellente musique. Mais en annonçant le non-renouvellement
de la license le 13 juillet dernier, le CRTC a fait preuve d’ouverture en
lançant un appel de demandes de licence de radiodiffusion visant
l’exploitation d’une nouvelle station FM de langue française à Québec. Comme
le Canada est dans une économie de marché, certainement que des
investisseurs avertis flaîreront la bonne affaire et déposeront une demande
d’exploitation. C’est comme quand le resto du coin ferme pour insalubrité.
S’il était si
achalandé, un autre restaurateur ouvrira pour satisfaire la clientèle restée
sur sa faim.
Pour consulter le communiqué de presse du
CRTC.
http://www.crtc.gc.ca/frn/NEWS/RELEASES/2004/r040713.htm