La vie éternelle
Montréal, Québec, Canada - 21 mars 2005
Par Max
Dans le film Who’s life Is It Anyway mettant en vedette
Richard Dreyfuss, le sculpteur Ken Harrison devenu
quadraplégique réclame le droit à être débranché des appareils qui le
tiennent artificiellement en vie. Ce film traitait déjà, en 1980, du droit à
un être humain de vivre sa vie… et dans ce cas-ci sa mort comme il l’entend.
Il demandait simplement à la cour de justice de laisser la nature suivre son
cours. Et, comme nous ne vivons dans un monde infini, la vie se termine
irrémédiablement par la mort physique. C’est dans la nature des choses. Les
plus grands hommes de l’ère humaine sont morts. Tous sans exception. Un ou
deux sont ressuscités semble-t-il, mais ça c'est une autre histoire.
Si Ken Harrison a dû se battre lui-même pour faire reconnaître son droit à
une mort naturelle plutôt qu’à une vie de légume fiché à une machine,
imaginez le fouillis juridique quand cette demande vient d’une autre
personne. La saga Terri Schiavo ravive les questions de droit à la mort
naturelle versus la vie végétative monitorée sur écran cathodique. Depuis 15
ans, Mme Schiavo vit dans un état comateux survenu à la suite d’un accident
vasculaire cérébral. Elle doit la vie au gavage qu’on lui fait subir pour la
nourrir depuis tout ce temps. Les neurologues sont presque unanimes à dire
qu’elle ne reprendra jamais conscience. Le mari et tuteur de Terri, Michael
Schiavo, réclame depuis bientôt sept ans de cesser l’acharnement médical qui
prolonge artificiellement la vie de sa femme et rend son deuil interminable.
Il n’y aurait sans doute pas de saga juridique sans l’insistance des parents
de Terri à perpétuer la vie de leur fille. Ils espèrent, dans leurs prières,
un miracle qui fera ressurgir Terri des abîmes où elle est plongée.
La tristesse de cette histoire ne réside pas tant dans le drame humain qui
déchire cette famille. Chacun des membres qui s’affrontent devant les cours
de justice depuis sept ans veut, à sa façon, le bien de la personne qu’ils
aiment. L’amour n’a hélas rien à voir avec l’intervention du président
George W. Bush qui est revenu prestement du congé pascal pour faire voter
une loi spéciale visant à renverser la décision de la cour fédérale. Pour
les républicains, c’est là une formidable tribune pour claironner bien haut
leur attachement à la vie humaine et courtiser une droite américaine
farouchement pro-vie.
N’est-ce pas étonnant, sinon détonnant, d’entendre résonner, du profond
Texas, capitale mondiale de la peine de mort, les voix du leader républicain
Tom DeLay et du président Bush pour sauver la vie d’une comateuse. Il flotte
dans l’air américain une nauséabonde odeur d’opportunisme politique, une
odeur de putréfaction qui ne peut rien avoir affaire avec le respect de la
vie. Le véritable débat devra donc attendre encore.
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