Il était une fois un roi puissant qui régnait en son royaume depuis de
nombreuses années. Il avait toujours été vénéré de ses sujets. Sa cour
appréciait sa longévité puisqu’elle pouvait continuer à profiter du pouvoir
que leur conférait la présence du souverain. Puis, un jour, l’âge rattrapa
le roi. Son corps solide avait, depuis quelques années, commencé à se
voûter. Son pas assuré de conquérant s’était ralenti. Sa voix forte,
habituée à projeter ses idées jusqu’aux confins de ses terres, commençait à
trembloter.
Quand il eut atteint respectable l’âge
de 84 ans, le roi avait presque fini de se métamorphoser en un frêle
vieillard. Parce qu’ils l’aimaient et le respectaient, ses sujets auraient
souhaité qu’il coule paisiblement le reste de ses jours à se reposer en
contemplant son oeuvre. Il leur était maintenant pénible de voir leur maître
adoré chercher son souffle pour prononcer chaque mot. Les phrases qui
réussissaient à sortir de sa bouche étaient devenues presque inintelligibles.
Les mandarins du royaume savaient qu’à la mort du
souverain, son successeur constituerait une nouvelle cour dont ils ne
feraient pas partie. Ils pressaient donc le roi de continuer à régner. Ils
le traînaient péniblement jusqu’au balcon pour qu’il salut ses gens. Ils se
plaisaient à vanter le courage incroyable de ce roi qui défiait la mort pour
son peuple, pour son royaume. Ils s’étaient alliés les meilleurs médecins du
royaume pour défier l’immuable destin de leur chef.
Le peuple, petit à petit, commença à oublier le
convainquant orateur, l’infatigable pourfendeur des ennemis du royaume
qu’avait été leur roi, pour voir en lui un pathétique octogénaire cramponné
à son règne. Si leur roi avait tant aimé ce royaume pour lequel il avait
consacré une partie de sa vie, pourquoi, au nom de cet amour, ne le
confiait-il pas à plus jeune et plus fort? Le pouvoir prouverait-il encore une fois son hypnotique
emprise sur l’homme, même quand celui-ci porte le titre pompeux de
représentant de Dieu sur la terre.